Les Fous de Bassan

 

Ô combien sont ils fous, touts ces Fous de Bassan,
Qui viennent se mélanger aux noirs Cormorans,
Composer sur la grève un étrange damier,
Que les vagues parfois s'en viennent perturber.

Il m'arrive par instant d'y voir une dame blanche,
Faire sa cour aux pions noirs en balançant des hanches,
S'en désintéresser, couvrir sa nudité,
En cachant sous ses ailes l'objet tant convoité.

Qu'un promeneur impudent vienne à s'en approcher,
Et s'élève du sol une étrange nuée.
Voici le blanc, le noir, un moment mélangés,
Qui vont se séparer et nuages former.

Les Sternes bien installées, aux saillies des rochers,
Contemplent ce spectacle, n'osant point s'y mêler.
Sans doute préfèrent-elles veiller leur œuf unique,
Redoutant quelque attaque d'un membre de ces cliques.

Les Guillemots quant à eux, l'air lourds et empruntés,
Volettent quelques mètres de leurs ailes tronquées.
Mais la horde est trop loin, le vol trop élevé,
Alors, touts dépités, ils retournent nager.

Le calme revenu, chacun reprend sa place,
Sur le banc sablonneux, visible à marée basse.
Le soleil s'endort, il me faut vous quitter,
Doux oiseaux de Bretagne, que j'aime à contempler...

Philippe