Détenus à Sobibor

Le dernier poème de Sobibor

Matricule sur le bras, les muscles atrophiés,
Il reste planté là, dans ses doigts, un papier.
Il est libre a t'on dit, de ses chaines libéré,
Quel est le sens, pour lui, de ce mot "Liberté"?

Sobibor, stalag treize, se prend il à écrire,
Et puis sa main retombe, comment peut-il décrire?
Il a aimé les vers, mais ne peut faire rimer,
Humilié, mutilé, et le mot "libéré".

Il veut se souvenir, se souvenir de qui?
Ils sont bien trop nombreux, à être morts ici.
Il voudrait raconter, mais comment raconter,
Les monceaux de cadavres ou les corps décharnés.

Parler de ses bourreaux, dénoncer les kapos,
Ils ne valent la peine, de dire d'eux un mot,
Décrire cette fumée, odeur acre, écœurante,
Cela ne peut s'écrire, il faudrait que l'on sente.

Conter une amitié, une lumière dans la nuit,
Mais tous s'en sont allés, il ne reste que lui.
Pourtant il va écrire, deux vers, pas un de plus,
Car il le sait déjà, il ne le pourra plus.


"Sur Sobibor un jour, la Liberté passa,
Elle en eut une telle peur, qu'elle ne s'y arrêta".

Philippe