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L'âme du toueur
Au bord du
grand canal, il git, blessé à mort,
Abandonné des hommes, poursuivit par le sort,
Son âme vagabondait, s'était prise à rêver,
Il se voyait déjà érigé en musée,
Racontant en son sein toute une vie de labeur,
Enseignant à chacun le dur travail des toueurs.
Remorquer les
convois, les barges en file indienne,
Toute une vie d'esclave à tirer sur sa chaine.
Le cliquetis constant des maillons sur le treuil,
Evoquait un fantôme, portant Dieu sait quel deuil.
Cet étrange
navire affublé de deux proues,
Sorti droit de l'esprit de quelque ingénieur fou,
Touts fanaux allumés, pénétrait sous la voute,
A force de vapeur, machines en avant toute.
Il tirait, il
tirait, sans jamais se lasser,
Entrainant derrière lui les bateaux surchargés.
Des premières lueurs jusqu'à la fin du jour,
Il œuvrait sans faillir, travailleur au long court.
Aujourd'hui
inutile, le voici délaissé,
Englué dans la boue, Vieille épave rouillée.
De ses appels à l'aide, nul ne veut se soucier,
Qui viendra sauver l'âme du toueur abandonné?
Philippe

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